Environnement

Les alternatives au diesel : y a-t-il des carburants plus propres pour les poids lourds ?

03/05/2019 09:40:16
ECI - Mise à jour : le 03/05/2019 09:40:16 - Par
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Le transport est un des secteurs présentant un impact majeur sur la pollution de l’air. Les carburants au diesel sont souvent vivement critiqués pour émettre une quantité non négligeable de polluants dont les fameux gaz à effets de serre (GES), responsables du réchauffement climatique. Autre inconvénient majeur, cette fois pour l’utilisateur, le diesel coûte de plus en plus cher. Existe-t-il des solutions plus propres, plus économiques et adaptées aux camions ? Voici quelques éléments de réponse.

Les alternatives au diesel : y a-t-il des carburants plus propres pour les poids lourds ?

Le carburant 100% végétal

Lancé le 8 novembre dernier en France par les producteurs de colza, le carburant 100% végétal veut s’afficher en tant que remplaçant du diesel. Produit avec l’huile des graines de colza, il est déjà mélangé avec du gazole mais ne peut pas être ajouté à plus de 10%. Baptisé Oleo 100, le nouveau produit proposé par le groupe AVRIL, leader dans les huiles végétales de tables (Lesieur, Pujet), n’incorpore aucune goutte de diesel. Pour l’utiliser, inutile de troquer son poids-lourd contre un camion plus récent. Ce carburant végétal serait en effet compatible avec les moteurs diesel, à condition de procéder à quelques petits réglages. S’il ne pourrait pas être utilisé pour des voitures de particuliers, l’objectif est bel et bien de s’en servir pour satisfaire le besoin en carburant de 15 000 camions ou bus en 2022. Côté impact environnemental, l’emploi de ce carburant serait plus écologique avec une réduction des émissions de GES de 60% et une pollution plus faible. Son prix n’est pas plus élevé que le gazole, ce qui rend cette solution acceptable pour les consommateurs. En France, la surproduction de colza est exportée (5% de la récolte environ). Celle-ci pourrait donc servir à des fins plus écologiques.

ED95, un carburant « vert » homologué

L’ED95 est un carburant composé à plus de 90% d’éthanol. Il s’inscrit dans la stratégie de décarbonatation des transports en permettant aux bus et poids-lourds de rouler avec moins de carburant pétrosourcé. Son usage est très encadré mais l’ED95 peut être utilisé par tous les chauffeurs de camions ou bus roulant traditionnellement au diesel, sous réserve de ne pas rester bloqués par ses quelques inconvénients. Il faut d’abord changer le moteur diesel par un moteur spécifique puis ajouter quelques additifs chimiques. Enfin, le consommateur doit également accepter d’avoir une autonomie plus faible avec deux fois moins de kilomètres parcourus au litre. En cause : le pouvoir calorifique de l’ED95 inférieur à celui du gazole. Réservé aux flottes captives qui s’alimentent via des cuves stockées sur site, ce carburant n’est pas disponible en station essence. Ses partisans comptent sur un durcissement de la politique environnementale sur le diesel pour espérer étendre le marché de l’ED95.

Le biogaz, un substituant au diesel issu de déchets

Mis en avant un peu partout et notamment sur les salons automobiles, le biogaz pourrait devenir une alternative au gazole, dans l’attente d’une solution 100% électrique. Réduisant les émissions de NOx (oxydes d’azote) de plus de 80%, les émissions de particules fines de près de 95% et les émissions de GES jusqu’à 20%, il s’affiche ainsi en meilleur élève que son concurrent historique. Le biogaz regroupe concrètement plusieurs types de carburants dont l’éthanol (E85 ou E100) et le méthane (Gaz Naturel Véhicule (GNV) ou Gaz Naturel Liquéfié (GNL, version liquéfiée du GNV). Avec un prix à la pompe d’environ 20% moins cher par rapport au gazole, le GNV par exemple est particulièrement intéressant pour les gestionnaires de flottes de véhicules industriels et les transporteurs routiers qui doivent lutter contre la concurrence et notamment celle des chauffeurs des pays de l’Est. Atout majeur pour l’environnement, le biogaz peut être produit à partir de déchets organiques, lesquels rendent le gaz carbonique émis renouvelable. Enfin, la filière est considérée comme mature, donc plus crédible que le tout électrique.

Un carburant à base de paille de blé

Au premier abord, difficile de comprendre comment de la paille de blé peut permettre de faire rouler des poids-lourds. Et pourtant, la start-up Global Bioenergies, spécialisée dans la chimie dite « verte », a annoncé en début d’année avoir produit de l’isobutène à partir de cette ressource agricole. Seule société sur le territoire européen à développer un procédé de conversion de ressources renouvelables en hydrocarbures, Global Bioenergies est aujourd’hui cotée en bourse. L’isobutène produit peut avoir diverses applications. Il peut notamment être converti en essence ou kérosène, mais aussi en plastiques. Utilisant des méthodes biologiques pour produire des hydrocarbures légers à partir de produits issus de l’agriculture, la start-up entrevoit un avenir prometteur pour positionner son innovation comme solution pour prévenir les conséquences de l’épuisement du pétrole. Divers partenariats sont déjà établis, notamment avec le constructeur automobile Audi.

Un carburant à l’eau, une autre alternative étonnante

Plusieurs projets pour trouver une voie différente d’approvisionnement en carburant des véhicules sont à l’étude. Aux Pays-Bas, la société néerlandaise Eleqtec vient récemment de conclure un partenariat avec la start-up australo-israélienne Electriq~Global. Leur objectif : développer un carburant à base d’eau. L’enjeu est ambitieux mais le principe d’un moteur à eau reposerait sur celui de « L’Oiseau Buveur ». Ce jouet utilise en effet les lois de la physique pour qu’une tête d’oiseau en plastique plonge régulièrement dans un verre d’eau. Difficile pour l’heure d’imaginer faire rouler un 38 tonnes avec ce type de technologie. Réponse dans quelques années…

Faut-il vraiment changer de carburant pour polluer moins ?

Vous l’aurez compris, les alternatives au diesel sont nombreuses, mais il faudra encore du temps pour créer une filière viable pour les poids-lourds, que ce soit en termes de prix que de performances énergétiques. En attendant, il est déjà possible de faire un geste pour l’environnement, mais aussi d’économiser sur le carburant, en adoptant par exemple l’éco-conduite.

 

 

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