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Le platooning : pourquoi une telle technologie ?

03/08/2018 14:38:17
ECI - Mise à jour : le 03/08/2018 14:38:17 - Par
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Bien qu’il existe depuis une vingtaine d’années, ce concept de conduite futuriste fait de plus en plus parler de lui, et les essais des constructeurs sont de plus en plus nombreux. Et pour cause, il présente un grand nombre d’avantages et pourrait apporter une solution à bon nombre de problèmes actuels.

Le platooning : pourquoi une telle technologie ?

Sommaire :

 

Emprunté au domaine militaire, le nom « platooning » désigne un groupement de véhicules (voitures, camions ou autres) par pelotons. Cette technique est née en 1997 aux États-Unis dans le cadre du projet NAHSC (National Automated Highway System Consortium). Celui-ci avait pour principal objectif de démontrer la faisabilité technique (sur routes) de technologies permettant une conduite automatisée. Le platooning refait de nouveau son apparition en 2009 à travers le projet européen SARTRE (Safe Road Trains for the Environment) qui sera suivi de deux démonstrations : l’une en Suède en 2011, l’autre en Espagne en 2012. Plus récemment, il réapparait également dans l’European Truck Platooning Challenge en 2016.

En quoi consiste le platooning ?

Uniquement valable pour des véhicules dotés de la technologie de communication électronique, le platooning permet de créer un trafic rapproché avec un véhicule de tête retransmettant toutes les informations aux véhicules qui le suivent. Par exemple, si le premier véhicule rencontre un obstacle qui l’oblige à freiner, les véhicules du peloton en sont immédiatement avertis, ce qui leur permet de freiner en même temps sans danger. Plusieurs cas de conduite sont actuellement à l’étude. Il pourrait n’y avoir qu’un seul conducteur (celui du véhicule en tête), tous les autres véhicules étant équipés de la technologie de conduite sans chauffeur. Dès lors, le monobloc formé par l’ensemble des camions ou voitures pourrait être assimilé à un train sur route. Une autre configuration consiste à imaginer que chaque véhicule dispose d’un conducteur qui lui est propre. Ceci implique que chacun d’entre eux soit formé à cette nouvelle façon de conduire qui donne beaucoup plus d’importance aux informations transmises par le véhicule de tête qu'à la conduite en elle-même.

Un moyen de réduire la mortalité sur les routes ?

Si le platooning réduit de fait les distances entre chaque véhicule, ses défenseurs affirment qu'il pourrait permettre de diminuer le nombre d’accidents sur les routes. En effet, il s’appuie sur une communication inter-véhicules, donc un échange d’informations de façon anticipée. Concrètement, un véhicule situé en dixième position de ce type de convoi routier pourrait recevoir des données sur l’état de la circulation (ou de la route en général) sur des centaines de mètres en amont. Ce véhicule pourrait dès lors anticiper une réaction (freiner, accélérer, changer de trajectoire,…) bien avant d’arriver sur la zone problématique.

Une solution pour minimiser les embouteillages ?

Du fait de son mode de fonctionnement, le platooning pourrait également fluidifier le trafic. En effet, si la distance entre deux véhicules est réduite, cela signifie que plus de véhicules pourraient être insérés dans la circulation sans créer de bouchons. Des études ont montré que le débit pourrait être multiplié par cinq. Ce n’est pourtant pas ce point qui impacte le plus le trafic. Rappelons ici que les pelotons formés réagissent pratiquement à l’unisson, réduisant de ce fait les temps de réaction, ce qui pourrait contribuer à la fluidité du trafic. Par exemple, lorsque le premier véhicule du convoi rencontre un feu rouge, tout le cortège qui le suit s’arrête. Dans un mode de conduite traditionnel, lorsque le feu passe au vert, il y a un temps de réaction entre le moment où il change de couleur, le moment où le conducteur se dit « je peux y aller » et le moment où le véhicule démarre réellement. De même, le véhicule qui le suit a besoin d’un court moment pour redémarrer à son tour, et ainsi de suite. Tous ces temps de réaction mis bout à bout ralentissent la circulation et limitent le nombre de véhicules pouvant passer avant que le feu ne redevienne rouge. Avec le platooning, ces temps sont limités, ce qui contribue à limiter les embouteillages.

Qu’analyse-t-on pendant les essais ?

Pour mieux comprendre l’ensemble des points étudiés lors des essais sur route, prenons l’exemple du constructeur MAN Truck & Bus qui a récemment testé ses camions en les confiant au transporteur allemand DBSchenker pour des trajets entre les centres logistiques de Nuremberg et Munich. Le projet, lancé en mai 2017 et financé par le ministère allemand des transports et de l’infrastructure numérique, comporte plusieurs phases.

Après avoir conçu les véhicules de test, les participants ont préparé les essais sur route, notamment en formant les chauffeurs sur simulateur puis progressivement en conditions réelles. Les camions circulent désormais sur l’A9 depuis avril 2018. Ils ont d’abord roulé à vide et interviennent depuis mai sur de véritables opérations où ils doivent assurer des missions. La fréquence de celles-ci a été augmentée peu à peu, passant d’un trajet hebdomadaire à des missions quotidiennes de transport de marchandises. Les camions se suivent ainsi à moins de 15 mètres de distance, ce qui serait dans un autre contexte complètement anti-sécuritaire.

Frederik Zohm, membre du comité de direction pour la R&D de Man Truck & Bus AG l’a déjà assuré : « Nous avons déjà prouvé que la technologie du platooning fonctionne, avec des projets tels que l’European Truck Platooning Challenge en 2016 ». D’après lui, « le défi consiste maintenant à adapter cette technologie aux conditions réelles dans lesquelles opèrent au quotidien les logisticiens ».
Il faut également noter que des chercheurs de l’institut de recherche en santé complexe de l’université Fresenius accompagnent les conducteurs pour étudier l’impact de la conduite semi-autonome sur eux, notamment d’un point de vue neurophysiologique et psychologique. Attention et fatigue des chauffeurs sont par exemple analysées de près.

En quoi consiste le projet ENSEMBLE ?

Il s’agit d’un projet financé par l’Union Européenne et rassemblant de grands constructeurs de poids lourds : Scania, Daimler, Iveco, MAN, Volvo et DAF. L’objectif est à la fois simple et complexe : s’assurer que les pelotons de camions multimarques ne constituent pas un risque supplémentaire sur les routes, que ce soit pour les chauffeurs eux-mêmes ou les autres usagers. En effet, chaque constructeur teste actuellement des technologies pour réaliser du platooning. Si de nombreux tests ont déjà montré que des pelotons constitués de camions de la même marque présentaient un grand nombre d’avantages, l’inquiétude réside aujourd’hui dans la mise en place de camions semi-autonomes de marques différentes. C’est la raison pour laquelle a été créé le consortium de l’ENSEMBLE. Géré par l’organisation néerlandaise de recherche scientifique appliquée (TNO), il fait intervenir non seulement des constructeurs mais aussi des universités, des instituts et des équipementiers. Les expérimentations se dérouleront jusqu’en 2021 sur des pistes bien entendu fermées à la circulation et viseront à étudier divers impacts comme la sécurité, les économies de carburant ou encore l’influence sur les autres usagers de la route. A terme, de nouvelles normes devraient pouvoir voir le jour pour mieux encadrer le platooning.

Le platooning au regard de la loi

À ce jour, le platooning n’est pas autorisé par la loi, les distances de sécurité étant très réglementées. L’article R.412-12 du code de la route stipule que «lorsque deux véhicules se suivent, le conducteur du second véhicule doit maintenir une distance de sécurité suffisante pour pouvoir éviter une collision en cas de ralentissement brusque ou d’arrêt subit du véhicule qui le précède. Cette distance est d’autant plus grande que la vitesse est élevée. Elle correspond à la distance parcourue par le véhicule pendant un délai d’au moins deux secondes.» À la lecture de ce passage de l’article, il apparait très clairement qu’une évolution de la loi devrait être envisagée si le platooning devait devenir une pratique courante. Cet article mentionne également le fait que «hors agglomération, lorsque des véhicules ou des ensembles de véhicules, dont le poids total en charge dépasse les 3,5 tonnes ou dont la longueur excède 7 mètres, se suivent à la même vitesse, la distance de sécurité est d’au moins 50 mètres.» Concrètement, le platooning associé à une suite de poids lourds est strictement impossible, sauf si la distance entre les véhicules est d’au moins 50 mètres

 

Convoi routier nouvelle génération, le platooning ou conduite en peloton est bien plus qu’un rassemblement de véhicules se suivant en file indienne. En principe, cette technologie apporte plus de sécurité, plus de fluidité du trafic et permet d’imaginer des routes aptes à accepter un plus grand nombre de véhicules, ce qui est plutôt encourageant compte-tenu des estimations de croissance du trafic routier. Enfin, le platooning pourrait également réduire les consommations de carburant des véhicules de 10% en optimisant les flux d’air, le convoi étant pratiquement associé à un monobloc. Mais tout cela à condition que les essais se révèlent concluants, que les équipements soient fiables et que les chauffeurs puissent bénéficier d'une formation suffisamment approfondie.

 

 

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