Interview exclusive : pionnier de la caméra intelligente, AddSecure s’engage pour optimiser la gestion de flotte des transporteurs
Acteur majeur et principal fournisseur de solutions de connectivité IoT sécurisées pour les transporteurs depuis une trentaine d’années, AddSecure a bien saisi les besoins et les enjeux qui pèsent sur les acteurs du monde du transport. Par la voix d’Olivier Datry, Vice-President South West Europe chez AddSecure Smart Transport, le groupe dresse un état des lieux lucide du secteur et dessine un avenir teinté aussi bien d’intelligence artificielle que d’humain, les conducteurs se trouvant remis au centre de l’échiquier opérationnel.
Pouvez-vous vous présenter et nous présenter AddSecure ?
AddSecure est un groupe d'origine suédoise dont le siège social est à Stockholm et qui compte à peu près 1 000 personnes pour 200 millions d’euros de chiffre d'affaires. Au sein de la Business Unit Transport, historiquement basée à Göteborg (Suède) et issue du rachat de Vehco en 2018, la partie transport représente 450 personnes et 65 millions d’euros de chiffre d'affaires. Personnellement, je m’appelle Olivier Datry et je suis Vice-President South West Europe chez AddSecure Smart Transport. J’ai une formation d’ingénieur et je suis arrivé au sein d’AddSecure en septembre 2019. J'ai en charge un certain nombre de pays dont la France, qui s’inscrit en tant que locomotive dans le domaine de la vidéo embarquée. Historiquement, AddSecure Smart Transport développe et commercialise des solutions de gestion de flotte (géolocalisation, calcul des frais, etc.) et cela fait un peu plus de 4 ans que nous équipons aussi les transporteurs de nos solutions vidéo télématiques.
Quels types de clients et de véhicules équipez-vous ?
Nos clients s’avèrent principalement des acteurs du transport de marchandises, issus de tout type d'activités, aussi bien des travaux publics que du transport de marchandises général ou du transport de produits type carburant, chimie, de la palette. Ainsi, nous sommes partenaires de fédérations de transporteurs (FNTR, OTRE), et des principaux groupements français (Astre, Evolutrans, Tred Union, Flo, France Benne, Transfrigoroute), avec une spécialisation marquée dans le poids lourd. En termes de taille, nous comptons des flottes de 10 à 2 000 camions, du fourgon au porteur en passant par le camion remorque de 44 tonnes. Cette spécificité PL historique est liée à l’offre portfolio de notre solution, renforcée depuis 2021-2022 avec une offre vidéo télématique.
Quelles technologies de caméras proposez-vous ? Comment gérez-vous les enjeux liés au respect de la vie privée ?
Cela fera 5 ans au mois d'octobre que nous faisons de la vidéo avec un produit nommé RoadView Lite. À l’époque, nous étions l’un des premiers acteurs français dans le domaine alors qu’il n’y avait pas encore de caméra avec de l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, quasiment un client sur deux est équipé sur un total de 630 clients en France soit environ 17 000 caméras embarquées, ce qui fait de nous l’un des principaux fournisseurs du marché pour les transporteurs. Une petite centaine de clients ne sont même équipés qu'en vidéo chez nous (80 précisément). Le projet de caméras intelligentes pour le renforcement de la sécurité et la détection de l’endormissement, des distractions ou du non port de ceinture, lui, a été initié en décembre 2022.
Pour mener à bien les premiers projets pilotes, nous avons alors fait le choix, avec notre partenaire technologique Streamax, de partir sur une caméra intelligente, simple lentille côté route ; avec la possibilité de rajouter un capteur spécifique côté cabine qui observe seulement le visage et le tronc du chauffeur, cela afin de préserver le reste de l’espace de la cabine qui est un espace de travail et de repos du conducteur (ce qui n’est pas le cas d’une caméra à double lentille qui capture toute la cabine). Ce capteur additionnel est visible pour assurer une transparence vis-à-vis des chauffeurs, qui sont informés de l’installation et de l’objectif du dispositif. Dès lors, en plus de limiter l’intrusion dans la vie privée des conducteurs, la simple lentille permet d’augmenter la précision de détection de la fatigue (95% contre 70% pour la double lentille).
En quoi ces systèmes de caméras contribuent-ils à la sécurité des conducteurs ? Comment les données collectées sont-elles utilisées pour prévenir les risques ?
Ces systèmes vidéo apportent une contextualisation et une visualisation de chiffres qui peuvent être très parlants pour un chauffeur mais surtout pour son employeur. Ainsi, la caméra constitue un outil éducatif, et pas seulement en cas d’incident, extrêmement complémentaire et pédagogique par rapport à l'éco-conduite. Pour cause : un conducteur qui anticipe consomme aussi moins de carburant et donc diminue son empreinte carbone. La finalité, c'est d'améliorer le comportement de conduite et d'augmenter la sécurité du chauffeur, pour lui avant tout. Ainsi, au bout de maintenant 4 ans, nous constatons des retours d'expérience allant dans ce sens, surtout pour les caméras intelligentes. Bref, installer une caméra fait figure de projet qui se déroule bien à condition qu’il soit correctement amené auprès des transporteurs, qui ont besoin d'être éduqués et sensibilisés à ces nouvelles technologies dont les bénéfices sont importants. Les assurances se chargeront, avec des surprimes de plus en plus lourdes, de retoquer les entreprises qui n’ont pas encore adopté cette mentalité et investi dans des solutions de sécurité leur évitant d’être pénalisées financièrement ou de devenir non assurables.
Quel cadre réglementaire encadre aujourd'hui l'installation de caméras dans les véhicules de transport ?
Cette partie sensibilisation doit passer par le CSE (Comité Social et Économique) de l’entreprise. La CNIL a également formulé nombre de préconisations et notamment celle selon laquelle les données ne doivent pas sortir de la cabine. De fait, nous ne manquons jamais de prévenir le transporteur qu’il ne doit pas communiquer d’images hors de l’entreprise sans flouter le visage et la plaque d’immatriculation pour des questions d’identification. Nous conseillons aussi une approche progressive, à savoir de commencer par mettre des caméras qui regardent la route avant d’installer un système de détection de la fatigue dont on aura bien pris le temps d’expliquer le rôle sécuritaire et non de « flicage ». Par conséquent, notre solution de simple lentille n’est jamais mise en place à l’insu du chauffeur, contrairement aux caméras double lentille qui induisent que le chauffeur ne sait pas lorsqu’il est observé. Nous insistons sur ce point et c’est cela qui nous différencie sur l’aspect ressources humaines et adhésion des chauffeurs au projet. En évitant les équipements à la hussarde et en capitalisant sur nos années d’expérience, nous savons que cela améliore le comportement de conduite et la sécurité ainsi que le confort du conducteur sur le long terme avec un taux de détection de notre système AddSecure s’élevant à 95%.
Quel rôle joue l’IA dans l'analyse en temps réel des images ?
Depuis 2024, de nouvelles fonctionnalités technologiques ADAS faisant appel à l'intelligence artificielle sont arrivées sur le marché français. Une caméra IA délivre énormément de données et, par expérience, nous savons que s’il n’y a pas une plateforme qui permet de traiter toutes ces données derrière, celles-ci sont mal exploitées. Le transporteur n’a en effet pas le temps d'analyser toutes les données. Il y a maintenant un an, nous avons donc introduit ce que nous appelons un Safety Index qui intègre tous ces paramètres, qui les « mouline » et qui va en faire ressortir les sujets à plus haut risque et comprendre les raisons de ces alarmes.
Typiquement, pour un cas d’endormissement au volant, la caméra peut détecter des endormissements répétés qui nécessiteront une analyse des causes (fatigue, stress, manque ou apnée du sommeil, etc.). L’objectif est donc de pointer les risques dans le but de faire ensuite de la prévention et non de la sanction. Le traitement de toutes ces informations de caméra permet ensuite de prendre les bonnes décisions en termes de gestion de flotte, d’élaborer un plan d’amélioration et, dans certains cas, de parler avec son collaborateur voire de l’alerter sur un souci de santé puis de l’orienter vers la médecine du travail. L’apport de l’IA réside donc dans un traitement de l’image automatique mais, par le grand volume de données qu’elle génère, l’IA nécessite une plateforme logicielle capable de synthétiser ces informations en un indice de sécurité exploitable.
Quelles évolutions technologiques anticipez-vous dans les 5 prochaines années sur ce marché ?
C’est une question difficile car, il y a 5 ans, nous ne savions même pas que l’IA allait changer le monde. La seule chose que je peux dire c'est qu'aujourd'hui, avec les nouvelles règles de sécurité liées à la GSR2, il y aura des caméras partout dans les camions qui remontent de la data. La question qui va donc se poser concerne la remontée de données natives puisqu’aucune norme n’oblige les constructeurs à partager les informations qu’ils considèrent comme de l’information interne. Nous nous demandons alors à quel moment l’Europe va légiférer sur ce partage, au même titre que sont partagées les données de consommation sur une prise FMS ? C’est cette évolution-là qui sera intéressante à mon sens. Au-delà des obligations, va aussi se poser la question du business model et de faire payer le partage de données ou de les mettre à disposition gratuitement. En tout cas, dans le domaine du FMS, je ne connais actuellement pas un constructeur qui fournit ces datas gracieusement.
Quels sont les grands défis à venir pour AddSecure sur ce marché ?
J’en identifie plusieurs, autant pour AddSecure que pour le secteur, et notamment l’intégration croissante de l’IA, l’interopérabilité des outils et l’évolution de l’expérience utilisateur. En prenant en charge de plus en plus de tâches, l’IA va transformer les métiers de l’exploitation grâce à des outils capables de répondre directement aux questions des exploitants sans passer par des interfaces classiques. L’enjeu sera alors le croisement des données entre différentes applications (FMS, TMS, agenda, facturation, etc.) afin d’optimiser l’ensemble du processus de gestion de flotte. L’autre grand défi sera de collecter et traiter en temps réel des données issues de multiples sources (trafic, énergie, disponibilité des stations, etc.). Il faut aussi anticiper une évolution vers des interfaces conversationnelles et une expérience utilisateur simplifiée, adaptée aux nouvelles générations d’exploitants et faisant de l’IA un moteur de recherche accéléré mais pas seulement. L’idée est donc qu’AddSecure soit partie prenante de cette nouvelle orientation technologique en assimilant tous ces changements mêlant monde traditionnel du transport et modernité.
Enfin, il existe un fort paramètre humain à ne pas omettre puisqu’une caméra, bien expliquée et acceptée, sera perçue comme un outil de protection pour les chauffeurs. Alors que ces derniers sont, 8 fois sur 10, victimes et non fautifs, une caméra permet en effet de clarifier les responsabilités en cas d’incident et d’améliorer le climat social dans l’entreprise. Elle peut ainsi rendre le métier de chauffeur plus attractif pour les jeunes générations, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et de renouvellement des effectifs.
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