Interview

Interview : Laëtitia, chauffeur routier

06/03/2020 11:32:20
ECI - Mise à jour : le 06/03/2020 11:32 - Par
Interview

Laëtitia est routière depuis 2005, et passionnée par son métier. Elle aime par-dessus tout la sensation que lui apporte la conduite.

Interview : Laëtitia, chauffeur routier

Racontez-nous ce qui vous a amenée à devenir conductrice de poids lourds.

Je ne sais pas d’où me vient cette passion, mais elle a toujours été solidement ancrée. Personne n’est routier ou routière dans ma famille, pourtant à 4 ans je rêvais déjà de conduire un camion !

Je me suis donc orientée vers un CAP/BEP conduite routière. Les autres étudiants étaient presque tous issus du monde du transport, dont beaucoup de fils de chauffeurs routiers ou de transporteurs, alors que pour moi c’était différent… Mais au volant, je me suis tout de suite sentie à ma place, alors je n’ai pas hésité à continuer !

Qu’appréciez-vous particulièrement dans ce métier ?

J’adore la sensation que m’apporte la conduite. De plus, le métier offre une belle indépendance. J’aime aussi la relation client et les voyages. J’ai pu conduire en Angleterre, au Luxembourg, en Belgique, en Suisse et en Espagne, et découvrir à chaque fois de nouveaux paysages.

La route, c’est enfin beaucoup de souvenirs marquants. Ainsi mon plus beau souvenir est celui d’une traversée de la France au volant du "Sauvage 2", un camion Scania à museau décoré : on y a peint des animaux de la savane. Quand je passais dans les villages à l’heure de la sortie des écoles, les regards admiratifs des enfants se braquaient sur moi. Ils étaient attirés par le look du poids lourd et surpris de voir une fille aux commandes. Leurs parents étaient forcés de s’arrêter, même au milieu des passages piétons. Ce sont des moments inoubliables !

Y a-t-il beaucoup de femmes parmi vos collègues ?

J’ai toujours eu des collègues femmes dans les entreprises de transport pour lesquelles j’ai travaillé, mais 2 ou 3 femmes maximum sur un total de 50 à 100 chauffeurs. Je croise tout de même plus de conductrices qu’auparavant sur les routes, et notre présence surprend moins.

Être une femme fait-il une différence dans le monde du transport ?

Physiquement il existe évidemment des différences, mais on voit aussi beaucoup d’entraide. Ainsi pendant mes grossesses, j’ai été épaulée par mes collègues. Ils échangeaient leurs tournées avec les miennes pour m’éviter les hayons, ils décrochaient et accrochaient ma remorque, et la vidaient si besoin. Tout le monde a été très prévenant et compréhensif.

En revanche l’accueil chez le client est parfois différent. Quand je sonne à l’entrée, il arrive qu’on me demande "qui conduit le camion ?", comme si ça ne pouvait pas être moi ! Un jour, en début de carrière, quand je me suis présentée pour récupérer 2 palettes mon interlocutrice m’a même répondu : "vous direz à votre papa de se mettre au quai numéro 2" ! On en a beaucoup ri.

Mais je constate que ce genre de malentendus survient de moins en moins. Il y a plus d’avantages que d’inconvénients à être une femme. Par exemple, on va parfois accepter de charger mon camion avant l’heure, tandis que cette faveur est systématiquement refusée à mes collègues masculins.

Les patrons nous voient en plus d’un œil favorable. Ils savent que nous sommes généralement plus soigneuses, y compris avec le petit matériel comme les rétroviseurs ou le marchepied. Avec nous les camions sont plus propres et avec moins de casse.

Selon vous, quelles sont les principales qualités d’une routière ?

3 qualités sont selon moi essentielles :

  • La concentration : il est bien entendu obligatoire de savoir rester concentrée sur la route, surtout quand la journée de travail dure 15h.

  • La débrouillardise : on se retrouve souvent seule, à devoir gérer des situations imprévues comme une porte coincée, une palette qui tombe, etc.

  • La ponctualité : les pauses ne doivent pas durer 3 heures, mais il faut tout de même savoir s’arrêter et trouver le juste milieu pour gérer notre fatigue.

Que diriez-vous aujourd’hui à une jeune femme souhaitant se lancer dans le métier ?

Si on a comme moi la passion, routière est un très beau métier. Cette passion me semble réellement importante, car cela reste malgré tout un métier difficile : les journées sont longues et les horaires compliqués… ce n’est pas fait pour tout le monde.
Mais si vous êtes sûre de vous, lancez-vous ! Je n’ai jamais regretté !

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