L’autoroute ferroviaire Atlantique abandonnée, une autre solution envisagée avec l’Espagne
Le gouvernement vient d’annoncer qu’il abandonnait le projet d’autoroute ferroviaire Atlantique, qui devait relier les Landes au Pas-de-Calais. Un nouveau projet avec l’Espagne pourrait néanmoins la remplacer.
Jeudi 30 avril 2015, le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies a annoncé sur les ondes de France Bleu Gascogne que le gouvernement n’allait pas signer le contrat pour la mise en œuvre de l’autoroute ferroviaire Atlantique entre Dourges (Pas-de-Calais) et Tarnos (Landes).
Les autoroutes ferroviaires sont des trains spéciaux transportant les semi-remorques des poids lourds. Pouvant mesurer jusqu’à 1.050 mètres de long, ces trains surbaissés sont composés de wagons spéciaux à coques pivotantes (fabriqués en France par la société alsacienne Lohr Industrie), sur lesquels les transporteurs chargent leurs semi-remorques, dans des terminaux dédiés, au départ et à l’arrivée.
Le projet initial jugé peu rentable
Annoncée en juillet 2013 par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault parmi les priorités d’investissements dans les transports, cette autoroute ferroviaire devait voir le jour au printemps 2016. Elle devait à terme transporter 480 poids lourds par jour, soit 85.000 semi-remorques par an, retirant autant de camions de la circulation. Ce report modal de la route vers le rail de l’ordre de 7% du trafic aurait représenté une réduction d’environ 100.000 tonnes de CO2 par an.
« L’équilibre total de ce dossier a amené à constater qu’il y avait des conséquences pour les populations, que ce projet n’était pas financièrement équilibré, qu’il y avait un gros risque pour l’Etat », a déclaré Alain Vidalies. Rappelant que l’Autorité de régulation des activités ferroviaires (Araf) a rendu un avis défavorable au projet, le secrétaire d’Etat a constaté que l’Etat et SNCF Réseau (ex-Réseau ferré de France) auraient dû débourser 375 millions d’euros pour ce projet jugé peu rentable par le Conseil général à l’investissement.
Le nouveau projet avec l’Espagne ne devrait pas voir le jour avant cinq ans
« Le gouvernement considère que l’idée est bonne mais le site du terminal très mal choisi, avec une fragilité juridique du dossier très importante, à savoir la question d’impact sur la population, qui n’a pas été suffisamment étudié par l’enquête publique », a ajouté le secrétaire d’Etat. L’objectif du gouvernement est aujourd’hui de trouver un autre site pour le terminal « en engageant immédiatement des pourparlers avec les autorités espagnoles puisqu’il est apparu qu’il existe un projet similaire à Vitoria », dans le Pays Basque espagnol. Alain Vidalies devrait rencontrer prochainement à ce sujet son homologue espagnole Ana Pastor. Mais ce nouveau projet ne devrait pas voir le jour avant au moins cinq ans…
L’Etat avait signé en mars 2014 un contrat de concession de 17 ans avec VIAA Atlantique, filiale de la SNCF, pour effectuer les travaux d’aménagement et gérer l’exploitation de la ligne. L’objectif était d’offrir au fret ferroviaire un lien direct entre l’Espagne et le Nord de l’Europe et lui permettre d’accéder à un marché de 950.000 semi-remorques par an transitant par la route en 2015, et de 1,1 million de semi-remorques estimé en 2023.
Une décision qui fait grincer des dents
Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine, a regretté l’abandon de ce projet qui aurait contribué « à réduire le « mur de camions » qui pollue l’A63 », l’autoroute routière reliant Bordeaux à la frontière espagnole. La Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut) a de son côté rappelé que « 375 millions d’euros d’argent public, c’est moins de la moitié de la somme qui sera versée à la société Ecomouv’ suite à l’abandon de l’écotaxe », alors qu’« un centime de taxe additionnelle sur le gazole peut rapporter 400 millions d’euros par an à l’Etat ».
Selon elle, « le gouvernement fait passer les intérêts du lobby routier avant ceux de la population », car ce projet aurait permis « de réduire une partie des coûts externes (congestions de la voirie, accidents, bruit et pollution de l’air, émissions de gaz à effet de serre) engendrés par le trafic des poids lourds et assumés par la collectivité ».
80.000 poids lourds transportés par rail en 2014
En 2014, les deux axes de ferroutage existants en France ont cumulé 80.000 remorques ou ensembles routiers par an : 50.000 pour la ligne de 1.050 km entre Bettembourg (Luxembourg) et Le Boulou (Perpignan) et 30.000 pour l’autoroute ferroviaire Alpine de 175 km entre Aiton (Saint-Jean-de-Maurienne) et Orbassano (Turin, Italie). Sur cette dernière, environ un tiers du trafic est dédié au transport du chauffeur avec son véhicule.
Aujourd’hui, le transport combiné ne représente qu’un quart du fret ferroviaire en France : entre 2008 et 2012, les volumes ont fluctué entre 7,2 et 9,2 millions de tonnes-kilomètres.
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