Menu principal

Mon espace

Transport de véhicules Fiches Constructeurs Focus Gammes
Interview

Interview : Steve. Conduire sur une route de glace !

ECI - le 11/05/2021 09:50 - Par
Interview

Chaque année, dans le grand nord canadien, des centaines de conducteurs de camions empruntent la plus grande route de glace du monde pour approvisionner la mine de diamants de Diavik. Steve a été l’un d’entre eux. Il nous raconte cette aventure !

Interview : Steve. Conduire sur une route de glace !

Êtes-vous routier ?

J’ai été conducteur de poids lourds, mais je gère désormais mon entreprise de formation et de gestion de dossiers pour le transport à Montréal.

Qu’est-ce que la route de Yellowknife ? Qu’a-t-elle de particulier ?

La route de Yellowknife est une route de glace qui relie la ville du même nom à la mine de diamants de Diavik.  Elle n’est empruntable que du 1er février au 1er avril. Pendant ces 2 mois, des centaines de camionneurs sont chargés d’effectuer des allers-retours incessants pour fournir les mineurs. Avec nos camions, nous leur livrons de l’équipement, du ciment pour les murs des galeries souterraines, du diesel pour les machines, et de la nourriture pour tenir une année complète

Quelle est la durée d’un trajet ?

Un aller vers la mine de Diavik prend entre 14h et 16h, selon les conditions météorologiques et autres aléas. Le retour est beaucoup plus rapide, car avec un camion vide les limitations de vitesse ne sont pas les mêmes.

Y a-t-il des conditions particulières à remplir pour avoir le droit de circuler sur cette route ?

Il y a 4 exigences :

  • Vous devez justifier d’au moins 2 ans d’expérience en remorque plateau.
  • Vous devez passer un test de dépistage de drogue.
  • Vous ne devez pas avoir de casier judiciaire (on ne plaisante pas avec les diamants !)
  • Vous devez accepter de passer une formation à la réglementation de la route de glace : la conduite y est évidemment délicate, il ne faut pas endommager les glaces et la vitesse est très limitée… 25km/h sur la glace, 30km/h sur les îles, 10km/h pour embarquer ou débarquer des îles !

En plus de ces exigences officielles, il faut selon moi des camionneurs “bien dans leur tête”. Si vous avez des problèmes personnels (déprime, problèmes familiaux etc.), il n’est pas recommandé de rester seul face à vous-même pendant 2 mois ! Dans notre camion nous sommes coupés de tout : pas de radio ni d’internet dans le grand nord canadien… Nous passons des semaines à ne rien faire d’autre que rouler et dormir. C’est psychologiquement épuisant.

Est-ce une route dangereuse ?

Non. Ou plutôt, ça ne l’est plus avec les équipements actuels. Il ne faut pas croire tout ce qui se raconte à la télé ! Tant que nous faisons attention à bien respecter la réglementation et à ne pas endommager la glace, il n’y a aucune raison d’avoir peur.

Quel était votre camion ?

Un Kenworth 2003.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure, et qu’avez-vous ressenti pendant ces 2 mois d’allers-retours ?

Je voulais voir ce que ça faisait : je l’ai fait pour l’expérience ! On ne peut justement pas décrire ce que l’on ressent quand on roule dans le grand froid (-50°C), quand on rencontre une tempête, quand soudain les arbres font place aux roches et aux glaces qui s’étendent à l’infini…

 

 

 

Je ne regrette pas et j’aime chacun de mes souvenirs, même ceux des moments les plus difficiles où j’étais très fatigué, irritable, où j’aurais voulu arrêter... Les journées sont longues et monotones, avec seulement 7h de soleil. Il faut tenir, et on pense beaucoup à soi, à sa vie… Ce n’est pas toujours facile de vivre une telle introspection forcée, mais ça coûte moins cher qu’un psychologue !

 

 

 

Quels sont vos plus beaux souvenirs ?

Le contact avec la nature était incroyable. J’ai croisé des loups, des caribous, je voyais des aurores boréales tous les jours au point de m’y habituer ! Elles étaient immenses et magnifiques. Et comme il n’y a aucune pollution lumineuse, la nuit révèle toutes les étoiles. Je me souviens aussi des corbeaux dodus qui volaient vers l’avant de mon camion, parce que ça leur facilite le vol et parce qu’ils savent que nous allons leur donner à manger.

Un dernier mot pour conclure ?

J’ai vu beaucoup de camionneurs français sur cette route (attention, les étrangers doivent être résidents canadiens). Contrairement à nous, ils n’étaient pas habitués aux basses températures, mais ils ont quand même aimé. Si vous ne craignez pas trop le froid, je vous recommande cette expérience ! 

 

 

 

Crédits photos - Steve Bourgeois
© copyright - tous droits réservés

 

Les dossiers

Commentaires